Indonésie West Java

Jours 174 à 176 : Cianjur, le Java rural et authentique

28 juillet 2017

Mardi 25 juillet, nous nous levons très tôt pour prendre le train de Yogyakarta, direction Bandung, à plus de 300 kilomètres de là. Nous sommes en 2ème classe, appelée « Business » (la 3ème étant Economiks et la 1ère Executive), qui est très confortable et climatisée. C’est parti pour 7 heures de voyage, qui passent plutôt vite (même si comme d’habitude nous avons probablement hérité de tous les bébés hurleurs du train !).

Vers 15h40, nous arrivons à Bandung, une grande ville indonésienne que nous ne prendrons pas le temps de visiter. En effet, nous partons directement vers notre deuxième étape, Cianjur, où nous allons passer trois jours. Pour nous rendre à la gare de bus, nous prenons un Grab (car il y a bien 20 minutes de route). À peine le temps de marcher jusqu’au terminal, le bus qui va à Cianjur s’arrête à côté de nous et nous montons directement. Comme il est déjà en route nous ne prenons pas le temps de mettre les bagages dans la soute, mais il est quasi vide donc nous les mettons sur des sièges en nous disant que cela ne va pas gêner pour l’instant. Il y a 80 kilomètres de route entre Bandung et Cianjur, et nous mettrons environ 3h. Au moment de payer, le bus est quasi plein et nos bagages toujours sur les sièges, du coup nous payons 4 sièges. Heureusement ce n’est pas très cher (moins de 2€ le billet).

Nous arrivons à Cianjur complètement crevés après 12h de trajet au total. Deux de nos hôtes pour les trois jours sont venus nous chercher directement à la station de bus, ce qui nous facilite bien la vie, même si le homestay n’est qu’à quelques kilomètres. Nous arrivons chez Bule Homestay (Bule est un terme qui signifie « occidental » en Indonésien), dans une maison pleine de vie, où notre dîner est déjà servi. Il est composé de riz et de curry vraiment très bon, et change des nombreux riz frits et du saté (même si on adore !). Nous partons dormir assez tôt car nous sommes épuisés par la journée de trajet.

Le lendemain, nous nous levons plutôt tard et prenons notre petit déjeuner au homestay, car nous sommes en « pension complète » et tous les repas sont inclus pour 10€ chacun (chambre comprise). Ce matin, nous avons décidé d’aller faire un tour au marché qui se trouve à quelques minutes à pied de la guest house. Celui-ci se trouve dans un grand bâtiment, c’est donc un marché couvert. Des vêtements sont vendus au rez-de-chaussée, et c’est au sous-sol que se trouvent les fruits, légumes, épices… La lumière n’est pas très belle et finalement nous faisons assez rapidement le tour car nous ne sommes pas très séduits. En repartant, nous tombons sur un mall où sont vendus des vêtements en batik, et dans lequel se trouve une sorte de salle d’arcade/fête foraine, où des enfants sont en train de jouer. Nous décidons de tenter notre chance pour essayer d’attraper des peluches dans les machines à pinces… Au final, on se fait bien avoir parce que dès que nous attrapons une peluche, la pince s’ouvre toute seule et la fait tomber ! Mais bon c’est le jeu et nous nous sommes bien marrés !

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Nous retournons à la guest house prendre notre déjeuner, toujours aussi bon. L’après-midi, comme il fait très chaud, nous nous reposons avant de partir vers 16h30 voir les rizières des alentours. Kus, le gérant de la guest house, nous accompagne avec son oncle, quelques uns de ses neveux et nièces et Marion, une autre Française. Cela fait une belle troupe qui se dirige vers les rizières ! Nous traversons un petit village où les enfants jouent au cerf-volant, et les plus grands au foot. Nous longeons un petit canal avant d’apercevoir les premières rizières. Comme le soleil commence à baisser, la lumière est magnifique, et le paysage se reflète dans l’eau des rizières. Le vert est très intense, presque fluorescent à certains moments.

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Kus nous explique que la variété de riz à Cianjur est différente du reste de Java, il s’agit d’une espèce qui pousse en 6 mois, au lieu de 3 pour les variétés « normales ». Comme elle requiert beaucoup d’attention et de soins, cette variété est aussi plus chère. Nous descendons finalement dans les rizières et les longeons sur les mottes de terres qui les séparent. Nous avons encore le droit à un magnifique coucher de soleil, avec les palmiers et les montagnes en arrière-plan.

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Nous rentrons à la guest house en repassant par le village, où l’animation est toujours à son comble ! Le soir, nous avons pris rendez-vous pour prendre un cours de batik ! Enfin ! Il est organisé par la guest house et un fabricant, dont l’atelier se trouve à quelques mètres de la guest house.

En arrivant, il nous montre quelques exemples de batiks traditionnels de Cianjur, dont les motifs représentent principalement des symboles de la région : le coq (le symbole de la ville), le Coran, le riz, et des instruments de musique traditionnels. Comme nous allons réaliser notre propre tissu, notre professeur pour la soirée nous demande de trouver un motif et un thème pour nos « créations ». Nous prenons donc un crayon et une feuille, et c’est parti. Romain part sur un coq conceptuel, et Marine sur un thème « nature », avec un coq et du riz.

Pour nous entraîner à la technique tout d’abord, nous prenons un petit tissu « brouillon ». Nous pensions que le batik était imprimé à l’aide de tampons… Et bien ce n’est pas toujours le cas ! Les plus chers et les plus rares sont dessinés à la main. Pour créer le motif sur le tissu (blanc), il faut repasser les lignes avec de la cire chaude (dans un chauffe-cire exactement comme chez l’esthéticienne). La difficulté, c’est que nous ne dessinons pas à plat sur le sol, mais en tenant le tissu avec une main dessous, et en dessinant de l’autre main avec la cire. C’est très dur d’être précis car le tissu n’est pas tendu… En regardant sur Internet, nous avons vu qu’il est possible d’utiliser un cercle à broder qui doit bien simplifier la tâche. Pour dessiner avec la cire, nous utilisons un petit outil qui s’appelle « djanting » : c’est un petit bâton qui comprend un réservoir pour la cire et une pointe fine trouée par laquelle la cire s’écoule. Il faut recharger souvent le réservoir car la cire qui refroidit devient trop dure et ne s’écoule plus par la tige.

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Motif « poulet plein de taches de cire » de Marine

L’autre difficulté (que nous ne surmonterons pas), c’est de ne pas faire de tâches de cire sur le tissu… Il faut donc dessiner avec la pointe vers le haut pour que les gouttes de surplus ne tombent pas. C’est hyper dur ! La dernière difficulté, c’est de ne pas se brûler… Un échec pour Marine, qui en touchant le chauffe-cire sans faire exprès fait un mouvement brusque et secoue son djanting, et en met partout : par terre, sur son pantalon, sur ses bras et ses jambes. Rien de grave, à part quelques cloques sur les bras ! Après l’entraînement sur le petit tissu, nous passons sur nos grandes écharpes (alors que nous ne sommes pas du tout prêts !). Et c’est à peu près un désastre ! Heureusement, pour que nous ayons quand même quelque chose de joli, nos professeurs ont prévu de finir de tracer nos motifs sur le tissu avec la cire (car sinon nous en aurions vraiment pour toute la nuit !). Nous partons donc là-dessus, bien fatigués, et reviendrons demain soir pour apprendre les techniques de teinture sur nos tissus avec des motifs bien faits par nos profs (et oui on triche un peu !).

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Des vrais motifs faits par nos profs sur des batiks terminés…

Le lendemain, nous nous levons tous les deux vers 8h30 pour aller prendre le petit déjeuner. Kus, le gérant, nous a proposé d’aller dans une école pour parler anglais avec les étudiants et leur montrer que c’est important d’apprendre cette langue. Après un peu d’hésitation, Romain a décidé de ne pas y aller, un peu intimidé de se retrouver devant autant d’enfants (!!). Marine a accepté, et finalement s’est retrouvée à y aller toute seule. Pas forcément emballée, mais cela peut être une expérience sympa ! Elle part donc avec l’oncle de Kus en moto, direction l’école qui se situe à une petite heure de route.

L’accueil est très sympa, par de jeunes professeurs-étudiants spécialisés en anglais. Ils (je passe à la 1ère personne exceptionnellement 🙂 ) m’emmènent tout d’abord voir le directeur. Ils me posent quelques questions et me demandent d’expliquer le cursus scolaire en France. Ils sont très étonnés que l’école soit gratuite en France !

L’école en question est en fait un lycée professionnel, où les élèves se professionnalisent dans les métiers de l’administration et du secrétariat, ou de l’informatique. Ils ont entre 16 et 18 ans environ. Après un petit tour de l’école et pas mal de selfies, ils m’annoncent que je vais aller voir les élèves qui vont me poser des questions… Je me disais bien que c’était trop simple pour l’instant ! Une jeune élève professeure m’annonce qu’ils sont très très contents de me voir, du coup je stresse encore plus ! Ils sont tous installés dans une grande salle, ils doivent bien être une soixantaine… Et effectivement ils sont contents, car quand nous rentrons ils se mettent à hurler et à applaudir ! Petit moment de gloire, mais sans trop savoir pourquoi ! Je m’assois devant tout le monde, me présente au micro (…) et commence à répondre à leurs questions. Tout va bien jusqu’au moment où une jeune fille me demande de chanter une chanson française traditionnelle. Je leur explique que pour le bien de tous il vaut mieux que je ne chante pas (je me voyais déjà faire Frère Jacques devant tout le monde…). Heureusement ils sont sympas et n’insistent pas, et j’ai juste besoin de me présenter en français. Ils répètent quelques mots, puis c’est à mon tour d’apprendre quelques mots de soundanais (la langue de l’ouest de Java, différente de la langue officielle qui est le Bahasa Indonesia) ! Puis trois élèves prennent une guitare et me jouent deux chansons ! La jeune fille chante très bien, je suis contente de ne pas m’être affichée devant eux ! Puis c’est au tour d’un jeune professeur-élève de chanter une chanson de Coldplay, très bien aussi !

Pour terminer, les professeurs récapitulent ce que j’ai dit pour voir si les élèves ont bien compris, et ceux qui ont la bonne réponse sont « récompensés » par une photo d’eux avec moi… Assez embarrassant mais c’est marrant ! Finalement la séance se clôture sur une grosse cession selfies/stories Instagram. Après un petit tour des classes, me voilà repartie sur la moto. Même si j’étais moyennement à l’aise, je suis contente d’y avoir été, les élèves et les professeurs ont été vraiment très gentils et ils avaient l’air vraiment heureux que je sois là ! L’ambiance était très décontractée, beaucoup de rires et de sourires, bref un bon début de journée.

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Je retrouve Romain et nous partons déjeuner. Vers 2h, nous partons à moto car nous avons réservé un tour pour aller sur un village flottant. Nous partons donc en moto, toujours avec l’oncle de Kus et l’un de ses cousins. Nous commençons par rouler un bon moment dans la campagne javanaise, pour nous rendre dans les plantations de cacao. Les arbres à cacao sont assez haut et font de gros fruits qui ressemblent un peu à des papayes en plus fripées. Ils sont rouges ou verts quand ils sont jeunes, puis deviennent marrons ou jaunes selon l’espèce. A l’intérieur, les fèves de cacao sont entourées d’un peu de chair blanche assez visqueuse, mais très bonne (elle a un léger goût de litchi). Nous repartons assez vite car il semble que les cultures de cacao sont aussi très propices aux moustiques qui pullulent vraiment !

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Sur la route nous croisons des agriculteurs en train de ramasser le riz dans des rizières asséchées. Nous descendons donc et notre guide nous montre comment les grains sont récoltés. Après avoir coupé les herbes, les hommes frappent les épis de riz très fort sur une planche en bois pour que les grains tombent. Les femmes quant à elles sont assises et les font tomber avec de gros couteaux. Marine peut même s’essayer au frappage du riz, sans un succès fou !

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Nous remontons sur les motos, en direction du village flottant. Les enfants qui nous voient crient « Bule ! » (comme le nom de la guest house). C’est comme ça qu’ils appellent les Blancs en Indonésie. C’est plutôt marrant, et c’est surtout pour rigoler, même quand on sait qu’à la base, cela signifie « albinos ».

Le village flottant est vraiment immense ! Il s’étend sur un grand lac et est composé de centaines de petites maisons reliées par des pontons de bois. Ce n’est pas vraiment un village à proprement parler car les gens ne vivent pas dans les petites maisons : ce sont principalement des élevages de poissons et des endroits pour pêcher. Nous attendons le bateau en prenant un petit thé, et embarquons (toujours avec nos thés car nous ne les avons pas finis). Malheureusement, il se met à pleuvoir très vite et assez fort. Nous débarquons auprès d’une petite maison où un pêcheur nous attend. Comme il pleut assez fort, l’activité « paddle » (qui consiste généralement à se balader sur l’eau debout sur une grande planche, mais qui ici est plutôt une barque un peu cassée) est annulée et nous apprenons des tours de magie mathématiques (oui c’est bizarre) avec notre guide. Au bout d’une bonne heure, la pluie se calme un peu mais nous savons que le coucher de soleil que nous avions attendu ne viendra pas ! Du coup nous reprenons le bateau, mais avant, un petit coup de fish spa dans les cultures ! Les poissons sont énormes et chatouillent vraiment fort ! Nous abrégeons un peu et c’est reparti. Nous retournons aux motos et rentrons à la guest house alors qu’il commence à faire nuit.

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Après le dîner, nous retournons au cours de batik ! Nous retrouvons nos tissus dont les motifs ont été tracés minutieusement à la cire, sans gouttes de partout ! Il n’y a bien sûr pas autant de détails que sur les vrais beaux tissus batik mais pour une première ce n’est pas si mal. Notre professeur nous explique la technique de teinture, qui se fait en plusieurs plongeons dans de l’eau propre, du bicarbonate + eau chaude + une première teinture, une deuxième teinture, et en dernier lieu, dans de l’eau bouillante au bicarbonate. Quand on retire le tissu, la cire est partie et le motif devient donc blanc. Ça, c’est si l’on ne fait qu’une seule teinture. Pour faire d’autres couleurs, il ne faut pas retirer la cire tout de suite, mais refaire des couches après la première teinture, puis reteindre à volonté (en commençant par la couleur la plus claire). Nous mettons nos tissus à sécher, et rentrons, super contents d’en savoir enfin plus sur cette magnifique technique d’impression. Le lendemain, nous récupérons nos tissus et nous avons aussi en cadeau un djanting chacun pour reproduire cette technique à la maison !

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C’était aussi déjà notre dernière nuit à Cianjur : maintenant direction Jakarta, la capitale !

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2 Comments

  • Reply Mum 29 juillet 2017 at 9 h 13 min

    ouah… très intéressant tout ça… et le batik, génial…. si vous voulez approfondir cette technique en rentrant en France, je vous présenterai mon ami Daniel…

  • Reply Chrisetdom 1 août 2017 at 16 h 35 min

    Dangereux le batik!!!!mais c’est tellemnet joli !!J’aime moins les fermes de pisciculture, moyen comme élevage….

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